21 mai, 2011

Le mariage de la télévision & des médias sociaux. Une expérience réalisée par les Canadiens

Article publié sur le site technaute

Des tweets presque parfaits

Le mariage télévision et médias sociaux donne lieu à de nombreuses expériences. Aux États-Unis, par exemple, le réseau NBC teste actuellement NBC Live, une plateforme interactive qui invite entre autres les téléspectateurs à tweeter en direct durant leur émission préférée, répondre à des quiz, etc. Plusieurs chaînes comme Oxygen et USA Network ont déjà développé un environnement spécifique autour de certaines émissions afin de transformer l'acte de regarder la télé en expérience «sociale». La pratique est de plus en plus répandue comme le montrent les plus récentes données de la firme Nielsen publiées cette semaine. On apprend ainsi que 70% des propriétaires de tablettes numériques et 68% des propriétaires de téléphones intelligents les utilisent en regardant la télévision.

Au Québec, où de telles données ne sont pas encore disponibles, les séances de twivage, où on commente une émission en direct sur Twitter, se multiplient. Des utilisateurs de Twitter parmi les plus enthousiastes ont même déjà souhaité qu'on affiche les commentaires twitter à l'écran, durant la diffusion.
L'émission Un souper presque parfait, sur la chaîne V, dont la popularité est en grande partie due aux médias sociaux, a déjà tenté l'expérience. En effet, durant la semaine du 4 avril dernier, on a fait défiler les commentaires Twitter des téléspectateurs au bas de l'écran.
«C'était un test, explique Nadine Mathurin, gestionnaire de communauté pour V. On l'a décidé un peu à la dernière minute et il y a eu des lacunes. Actuellement, on se questionne entre autres à savoir si Un souper... est la meilleure émission pour tenter ce genre d'expérience puisque qu'elle n'est pas diffusée en direct.»

L'expérience a toutefois permis à Nadine Mathurin, qui faisait la sélection des tweets, de noter certains changements dans le comportement du public, comme entre autres le fait que les téléspectateurs s'autocensuraient et adoptaient un ton beaucoup plus gentil qu'à l'habitude, «sans doute dans l'espoir que leur tweet soit diffusé à la télévision». «D'habitude, les adeptes de l'émission sont assez baveux et peuvent être assez durs à l'endroit des concurrents, souligne-t-elle. Cette semaine-là, ils les aimaient tous. Et une fois l'expérience terminée, tout le monde avait repris le ton d'avant.» Autre constatation: les adeptes Facebook, dont le nombre dépasse les 20 300 pour la page d'Un souper presque parfait, se sentaient trahis - c'était le mot qu'ils ont employé - par le fait qu'on choisisse des commentaires sur Twitter plutôt que sur la page Facebook de l'émission. «Cela dit, à la fin de la semaine, les commentaires était plutôt positifs», note Nadine Mathurin qui songe à reprendre l'expérience dans un avenir rapproché.

16 mai, 2011

Luc Chatel contre le cyber-harcèlement : Une punition radicale

Article publié sur le site blog.profiltechnology.com

 


Comme nous l’évoquions dans un précédent article sur le cyber-lynchage, de nombreux élèves utilisent les réseaux sociaux pour diffamer, insulter voire harceler leurs camarades mais aussi leurs professeurs. L’éducation Nationale avait proposé de punir ces cyber-délinquants en sollicitant l’aide de Facebook pour fermer les comptes des jeunes contrevenants.


Selon le chercheur Eric Debarbieux, les cas de « cyber-harcèlement » se multiplient depuis plusieurs années en milieu scolaire. De telle sorte que le harcèlement entre élèves s’est déplacé en dehors de l’école et peut toucher les victimes, via des messages sur réseaux sociaux ou sur téléphones portables. « La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) reçoit chaque mois 15 à 20 plaintes sur ces sujets« , a résumé la médiatrice de l’Éducation nationale, Monique Sassier.

Malgré les campagnes de sensibilisation sur le sujet, le nombre de plaintes augmente du fait de la facilité d’accès aux réseaux sociaux. En effet, initialement créé pour regrouper un réseau d’étudiant, Facebook accueille chaque jour, des milliers profils différents dont de nombreux adolescents. De 11 à 13 ans, ils sont même 55% à posséder un profil sur ce média alors que le site est théoriquement interdit au moins de 13 ans.


Fermer le compte des cyber-lyncheurs

« La solution que nous avons mise au point est simple : nous signalerons systématiquement les élèves qui auront été convaincus de harcèlement sur ce réseau, et ils verront leur compte Facebook fermé« , avait déclaré M. Chatel en concluant les « assises nationales » sur le harcèlement tenues les 3 et 4 mai 2011. « Pour les cas les plus graves, nous ferons en sorte que les familles des élèves victimes puissent bénéficier d’un accompagnement adapté pour déposer plainte, et ce, via un partenariat avec l’Office central de lutte contre la cyber-criminalité« , a-t-il ajouté. 

En somme, le ministre de l’Éducation Nationale proposait de couper l’accès à la source, en l’occurrence Facebook, dans ce cas. Seulement, de nombreux cas de harcèlement ont lieu sur des blogs, des forums, par messageries instantanées, par téléphone… Cette proposition demeurait alors quelque peu caduque puisqu’elle ne concernait qu’un seul site alors que l’on devrait davantage informer les élèves des risques encourus en cas d’infractions de ce type. De nombreux collèges et lycées accueillent régulièrement des officiers de la Gendarmerie Nationale qui expliquent aux jeunes auditeurs quels risques ils encourent en agissant de la sorte sur Internet.
 

Une solution facilement contournable

A ce jour, aucun accord n’a été signé entre l’institution et le site américain, il n’y avait même aucun contact avec le ministère. La proposition de Luc Chatel peut paraître radicale mais si l’on connait le fonctionnement de Facebook, on se rend rapidement compte qu’un élève qui verrait son compte supprimé dans ce cas de figure pourrait en créer un autre via une autre adresse email, adresse nécessaire pour s’identifier sur le site. De plus, si l’on va plus loin, admettons que Facebook accepte ce partenariat proposé par l’Éducation Nationale, le site pourrait bloquer l’accès à un compte en fonction de son adresse IP or de plus en plus d’adolescents se connecte au site via leur téléphone mobile. Et via leur téléphone, ils ne pourront pas être bloqués par le réseau social.

En somme, en tant que professeur, si vous n’êtes pas inscrit sur Facebook, nous vous conseillons de vous y inscrire afin d’apprendre à vous en servir. De cette façon, vous pourrez mieux sensibiliser vos élèves au harcèlement en ligne et aux risques judiciaires encourus en cas de cyberlynchage. Vous pouvez également faire appel à des professionnels en la matière pour intervenir dans votre établissement. Devant l’ampleur du phénomène, des officiers de gendarmerie effectuent régulièrement des interventions scolaires. De plus, la CNIL vous propose cet espace enseignant pour vous aider à préparer vos cessions scolaires dédiées au Net.

12 mai, 2011

Comment les Chinois préparent leur "révolution de jasmin"... sur Internet

Article publié sur LaTribune.fr

A l'exemple de ce qui se passe en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, les appels pour réclamer plus de liberté et de démocratie se multiplient en république populaire de Chine, via les réseaux sociaux. La similitude des situations sociales est grande, en particulier la présence d'une jeunesse diplômée cantonnée au chômage pour seule perspective. Pour le moment, aucune manifestation importante n'a eu lieu, en raison d'un déploiement policier important.


 
Le vent de contestation qui agite les pays d'Afrique du nord et du Moyen-Orient souffle vers l'Orient. Signe d'inquiétude et de nervosité des autorités, le mot "jasmin" ainsi que ceux faisant référence aux révolutions en cours au Moyen-Orient et au Maghreb sont censurés sur les blogs et les forums. La diffusion de chaînes de télévision étrangères comme la BBC ou CNN est brouillée. Et à titre préventif, plusieurs activistes ont été arrêtés par la police, et interdiction a été faite aux étudiants de sortir hors de leurs campus universitaires. Le gouvernement a également renforcé son effectif policier dans les grandes villes.

La puissance de feu d'un demi-milliard d'internautes
Mais pour le moment rien de plus. C'est en effet sur la toile - il y a plus d'un demi-milliard d'internautes dans le pays -, en particulier via Twitter, que l'agitation se manifeste. Un appel à manifester chaque dimanche à 14 heures dans les treize principales villes du pays - Pékin, Shangaï, Canton... - a été lancé avec comme mots d'ordre : "nous voulons manger", "nous voulons travailler", "nous voulons un logement", "nous voulons la justice", ainsi que des appels à la démocratie et à la liberté... Le blogger qui anime chinageeks était présent dimanche à Pékin sur le lieu de rendez-vous, devant le restaurant MacDonald's d'une des rues les plus commerçantes de la ville, Wangfujing. Il a constaté, outre une présence importante de policiers, un grand nombre de... journalistes, et aucun acte de violence n'a eu lieu.

Le nombre de diplômés a été multiplié par sept depuis 1999
Pourtant, tous les ingrédients qui ont conduit aux "révolutions de jasmin" ces dernières semaines sur les rives de la Méditerranée sont présents en Chine : mécontentement social alimenté par une inflation croissante, une corruption endémique, des inégalités qui ne cessent de se creuser, des salaires trop faibles et des logements trop chers. Dans une opinion publiée par le Project Syndicate, et intitulée "Pourquoi l'Egypte devrait inquiéter la Chine", l'économiste Barry Eichengreen, professeur à l'université de Californie, à Berkeley, souligne en particulier le rôle joué par les jeunes diplômés au chômage dans les manifestations en Egypte qui, comme la Chine, connaît une forte croissance économique : "depuis 1999, époque à laquelle le gouvernement chinois a commencé à oeuvrer pour améliorer la formation universitaire, le nombre de diplômés a été multiplié par sept, mais le nombre d'emplois hautement qualifiés et fortement rémunérateurs n'a pas suivi au même rythme", indique Barry Eichegreen. Une situation qui multiplie le nombre de laissés pour compte alors que la richesse créée est inégalement répartie.

Des conflits sociaux de plus en plus nombreux
"Partout dans le pays, on entend parler de jeunes diplômés désespérés, dans l'impossibilité de se trouver des emplois productifs. Les journaux et les blogs parlent de la "tribu des fourmis" des jeunes diplômés vivant dans les caves exiguës des grandes villes du pays à la recherche d'un travail", explique l'économiste. Si donc le potentiel de révolte est bien présent, il ne s'est pas encore traduit dans la réalité, si ce n'est de façon sporadique et dispersée, car le nombre de conflits sociaux est en forte hausse en Chine.
Surtout, le parti communiste au pouvoir tient à ce qu'aucun désordre ne vienne entacher ce moment fort qu'est la tenue de l'Assemblée populaire nationale. Elle se tiendra au début du mois de mars,  le 4 mars, un moment fort de la mise en scène du pouvoir en Chine. Le week-end dernir, le président Hu Jintao a exprimé le vœu que les travaux soient placés sous le signe d'une "société harmonieuse, stable et pleine de vitalité". Des mots qui sonnent étrangement au regard d'une situation potentiellement plus explosive qu'il y a presque vingt-trois ans, lors des manifestations de la place Tien'anmen.

18 avril, 2011

Ils likent tous Skyrock


Par Ingar Alirane

608 441, 608 451, 608 461 …chaque seconde, une dizaine de nouveaux fans viennent rejoindre la page Facebook « la liberté pour SkyRock ».

Quand ils seront un million, on pourra soumettre une loi à l’assemblée. Il ne reste que très peu de temps avant que le « Rézo » ne libère Pierre Bellanger… 


Ah, vous n’êtes pas au courant ? Je vous la fais courte :
Le fond d’investissement (pour ne pas dire les méchants financiers d’AXA) a débarqué le fondateur de SkyRock le 12 avril dernier.

La raison pour l’avoir  virer comme un vulgaire intérimaire ? C’est que le chiffre d’affaires s’est effondré de 2,5M€… principalement à cause de la baisse de la publicité sur SkyBlog.

Et pourquoi SkyBlog perd t-il autant de visiteurs ? Tout simplement car ils vont tous sur … FACEBOOK ! Bien sûr, de là où je vous parle, de la page FAN qui soutient Skyrock (608 441 au moment où je vous parle). Et à chaque fois qu’un Facebooker se connecte sur la page : il lit le message de soutien, clique sur « J’aime » ou poste un commentaire comme « ‎Serieu Je M’Imagine Pas Ecouter Nostalgie Ou Cherie FM .... » ou encore « La vie sans Skyrock, c'est comme un pot de nutella vide... C'est nul ! » 

Au total, c’est 10 pages SkyBlog de perdues pour celui qui écrit ou commente sur Facebook et pas moins de cent fois plus pour ses amis, soit 1000 pages.
Si je vous le fais à 1€ les milles pages. C’est un Euro que perd Skyrock à chaque fois que quelqu’un soutiendra la radio sur Facebook !

Rézocialist ! Dans le monde des Rézocialists, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! Et le bonheur des uns fait le malheur des autres sur un réseau.  Ce qui compte, c’est que le réseau soit vivant, en mouvement. Et au final, que se passe t il ? Un réseau en sauve un autre. Les 608 441 Fans (encore 65€ pour Facebook qui n’iront pas à Skyrock) sont aussi ceux qui peuvent sauver Skyrock, mais surtout son fondateur et avec lui l’âme de Skyrock. Qu’on l’aime ou pas, on sent bien que défendre le fondateur a quelque chose de noble et de désintéressé, là où défendre AXA (le fameux fond en question !) est moins glamour.

Pire : être rezocialist, c’est défendre l’acte dans le « rézo », la propagation dans le « rézo», l’idée dans le « rézo », le like dans le « rézo » … . A côté, les valeurs comme l’argent ou le pouvoir hiérarchique ne nous intéressent plus. Avec le « rézo », je suis puissant et riche de mes connections. Et personne ne peut acheter la sympathie et l’amour des autres.

C’est ce que sont en train de découvrir les financiers en costume gris d’AXA.

Que la décision d’un conseil d’administration, plein de pouvoir et d’argent va devoir faire face non pas aux millions d’auditeurs : ceux là il suffit de leur parler via la radio et de leur servir la bonne veille soupe populaire pour qu’ils baissent la tête… Non, c’est face aux 608 441 Facebookers (encore une bonne centaine de plus), qui rézo-tent rézon-nent, rézolument.

608 441  , 569 621… La révolution est en marche.

Vous aussi devenez Rézocialist ! Rejoignez nous !

24 février, 2011

La Tunisie et l’Egypte « mettent à jour leurs profils » pour devenir Rézocialist

La poussière est retombée sur deux pays qui viennent de changer de régime. Les tunisiens et les égyptiens viennent de choisir leur camp : Rézocialist.
Ils ont su s’a ranchir du joug d’un régime dictatorial (ou presque) pour prendre leur destin en main. Maiscomment ont-ils réussi à donner du poids à leurs voix ? Simplement en exploitant la puissance du web socialvia les multiples outils de di usion et de partage de l’information, pour crier plus fort et plus loin, leur rêve de liberté.

Nous Rézocialist, nous le disons, la volonté de démocratie ne su t plus et les anciennes méthodes pour se faire entendre ne sont plus assez impactantes. La nouvelle révolution se fait par le web, par ses utilisateurs, pour tous.
Ajoutez aux pas battus sur le pavé le raisonnement des Tweets, des Likes, des articles de blog, des photos dans FlickR pour que la voix du peuple fasse écho mondialement. Toute cette masse s’est transformée en piège autour de ceux qui pensaient éteindre la volonté et la parole. Pendant que les forces de l’ordre cherchaient à encercler la foule, les cyber-dictateurs tentaient de s’emparer
doucement du web pour ralentir un mouvement qui échappait à leur contrôle et aux règles des révolutions 1.0.

Le régime égyptien au début l’avait bien compris, et il verrouilla immédiatement Internet. Mais se couper du numérique, c’est se couper du monde, arrêter la manne du tourisme, et créer un trou noir (comme la Corée du Nord aujourd’hui). Il n’a pas pu tenir. Il a ouvert à nouveau les vannes. Et les Rézocialist ont repris leurs droits.
Globalement dans un premier temps, tous les pays étrangers ont vu en direct ce qui se passait, sans le filtre des autorités ou des médias intermédiaires. Le monde a retenu le nom de cette place Tahir comme en son temps, on a retenu la Place Tien An Men grâce à la télévision. C’était en 1989... Une vidéo. Une seule. Aujourd’hui ce sont des milliers de photos, commentaires, vidéos qui chaque minute déferlent comme autant de rappels obstinés à l’ordre de la réalité et des faits. Nous sommes tous présents, spectateurs et acteurs (numériques) de loin, mais acteurs quand même.
Localement ensuite, grâce au Web qui donne la force et l’agilité de se mobiliser, d’échapper aux forces de l’ordre, de se rassembler pour agir. Les réseaux sociaux sont les meilleurs outils d’une intelligence collective retrouvée. Di cile pour un état de s’emparer de cette pieuvre numérique, de ces rami cations multiples qui s’étendent dans tous les pays. A moins de tout arrêter. Mais alors là, c’est la mort du pays qui vit aussi grâce au numérique.
Simmel, au début du siècle annonçait un siècle Social « Les individus font la société, les sociétés font
l’individu». Il annonçait en fait ce qui se passe sur le Web : « Les individus font le réseau, les réseaux font les individus ».
Nous sommes tous Rézocialist. Nous construisons ce nouveau monde qui rend le réel moins réel, en le
numérisant, mais plus réel en le rendant accessible à tous.

16 février, 2011

Mobilisation des blogueurs pour les Restos du Coeur

Article publié sur frenchweb

Les Restos du Coeur lancent leur collecte annuelle de dons, les 4 et 5 Mars. Pour la troisième année consécutive, Carrefour et Danone s’associent à l’association dans le cadre d’un partenariat à plusieurs niveaux : mobilisation les jours de collecte, mécénat de compétence tout au long de l’année et opération promotionnelle du 16 au 22 Mars durant laquelle 1 repas est offert aux Restos du Coeur pour l’achat de 4 produits.
 

En marge de cette opération, les blogueurs sont également invités à participer. En effet, pour chaque billet publié sur Les Restos du Cœur, Danone et Carrefour s’engagent à offrir 10 repas à l’association. L’année dernière, la mobilisation de 1457 blogueurs avait permis d’offrir 16 675 repas.

Pour participer à l’opération il suffit d’envoyer le lien de l’article publié sur votre blog à blogueurs@restosducoeur.org.

15 février, 2011

Reseaux sociaux et pouvoir des foules, deux cas concrets

Article publié sur Le Blog du Modérateur 

Voici le dernière compte-rendu de la série consacrée au Cap Com, rencontres nationales de la communication et des technologies nouvelles qui a eu lieu en fin de semaine dernière à Rennes. Il concerne la table-ronde intitulée Le pouvoir des foules et qui réunissait Nicolas Maurice, chef de l'unité internet de la préfecture de Police de Paris, Grégoire du Pontavice, organisateur du MP3 Expériment et Antoine Dupin, auteur du guide pratique "Communiquer sur les réseaux sociaux". Cette table-ronde était l'occasion de revenir sur les flashmobs et ses implications des deux côtés de la barrière.


MP3 experiment Agitato

 

Le Mp3 experiment agitato est un flashmob qui a été organisé à Rennes l'année dernière. Un fichier audio avait été préparé pour l'occasion par le cercle culturel du Triangle, organisateur de l'évènement. Les participants étaient invités à le télécharger sur un lecteur MP3 et à se réunir Place de la Mairie. A la même heure, chacun devait appuyer sur Play au même moment. Ils étaient alors embarqués dans une aventure collective pour le moins originale, guidés par une voix leur dictant des actions. Le concept est le même que celui lancé par Improv Everywhere dans différentes villes des États-Unis.

La principale problématique pour l'organisation était d'arriver à tout minuter. Le flashmob devait être écrit comme une partition, d'où la difficulté à le mettre en place. Le Triangle s'est appuyé sur les réseaux sociaux pour organiser l'évènement, mais pas seulement. Si leur potentiel viral est considérable, la complexité de l'évènement rendait difficile sa compréhension en quelques mots sur Facebook... Une double page a donc été ajoutée au programme du triangle et un espace dédié sur le site était accessible pour mieux l'expliquer. Un ciblage a été fait pour compléter auprès de différentes populations enclines à aimer ce genre de manifestation : arts du spectacle, école de commerce, réseau des organisateurs... Faire passer le message passait par une explication orale, ce qui a été fait le plus possible.

Pour voir les vidéos, cliquez sur les deux liens ci-dessous :


Un teaser vidéo a été publié pour inciter les gens à s'inscrire. Cela a permis d'être relayé sur Facebook de manière plus conséquente et plus claire. Le public présent était hétéroclite, il y avait aussi bien des enfants que des personnes âgées. Au total, 350 personnes étaient présentes le jour J. Deux fichiers MP3 avaient été mélangés lors du téléchargement (surprise !) pour créer deux groupes qui pouvaient interagir. La foule a été amenée à se déplacer dans la ville pendant une heure. Les meilleurs moments ont ensuite été diffusés dans un bar, mais seules 70 personnes se sont déplacées, preuve du côté éphémère de ce genre d'évènement. Le tout n'a coûté que 3000 euros. Par souci de sécurité, une demande d'autorisation avait été faite auprès de la Ville de Rennes.


L'apéro géant vu par la préfecture de police

 

Et de l'autre côté de la barrière, comment ce genre d'évènement qui rassemble des foules est-il vécu ? Nicolas Maurice, Responsable de la communication électronique à la Préfecture de police de Paris, était présent pour répondre. Dans un premier temps, pour encadrer ces rassemblements, il s'agit pour la police identifier l'évènement et ses organisateurs. Vient ensuite le moment d'informer sur la règlementation et de prévenir les risques. Pour cela, il est important d'instaurer un dialogue entre organisateurs et autorités. Et bien sûr, la police est en charge d'accompagner l'évènement sur le terrain.



Le fait central commenté par Nicolas Maurice était l'apéro géant prévu sur le champs de mars. A son point culminant, 20 000 personnes s'étaient inscrites. La cellule Communication électronique a commencé par prendre contact avec les administrateurs de la page Facebook. Pas forcément simple, car tous les administrateurs de la page n'étaient pas forcément organisateurs... L'idée était de leur rappeler la législation : il est nécessaire de faire une demande d'autorisation avant de lancer une telle manifestation. Les messages ont été envoés par messagerie privée sur Facebook pour une première approche. Les personnes étaient ensuite invitées à venir discuter avec les forces de l'ordre. Pas forcément simple en raison des aprioris négatifs sur la police, certains pensaient être convoqués ! Des messages de prévention et de conseils sur la sécurité ont également été envoyées sur différentes pages Facebook.


La dernière étape consistait à accompagner sur le terrain. Cela s'est effectué de la manière suivante :

DISPOSITIF DE SÉCURITÉ
  • Déploiement de policiers et CRS
  • Barrières autour du champs de mars
  • Contrôle des sacs pour éviter l'alcool
PRÉVENTION ET SECOURS
  • Présence de pompiers et de la Croix-rouge
  • Installation de fontaines à eau de 600 litres
  • Distribution de sirops de fruits par la mairie
SALUBRITÉ
  • Installation de conteneurs à verre
  • Mobilisation des services de propreté de la mairie
De manière générale, la police cherche par mots clés sur Facebook pour trouver ce genre d'évènements ou des informations complémentaires. Au final, il est intéressant de voir que l'apéro avait des finalités commerciales, puisqu'il était organisé par la tenancière d'une boite de nuit adjacente...
Bilan : cela coute cher à la société de par l'argent public employé (nettoyage, police, ...), Cela n'a pas de rapport avec l'outil réseau social, cela aurait pu se faire par flyer, téléphone, télé, cela aurait été pareil. La présence sur le terrain est dans tous les cas nécessaire pour accompagner, pas pour punir.

Conclusion, par Antoine Dupin

 

Antoine résume bien les choses. Il ne pas stigmatiser les réseaux sociaux. Les médias ont tendance à le faire. Il faut bien séparer technologie et usages. Les débordements existaient bien avant les réseaux sociaux. Le rôle des collectivités est de former le personnel pour faire une veille et mieux appréhender de type d'outils. Les réseaux sociaux sont au final plus facilement appréhendables que des outils comme le téléphone portable, dont les messages ne sont pas publics. Cela passe par des recherches, une veille (hashtags, pages fan...). Attention à la diabolisation ! Mieux vaut comprendre qu'avoir peur.

14 février, 2011

Les Inrocks : Le réseau social, de fer lance de la révolution

Article publié sur le site Les Inrocks 

 

Si l'histoire s'écrit toujours grâce au courage des individus, les révolutions d'aujourd'hui sont façonnées par les outils modernes comme Facebook et Twitter. Retour sur les exemples tunisien et égyptien.

 

Surprise 2011 : alors qu'on s'apprêtait à déclarer Facebook passé de mode et à délaisser les divers statuts hilarants, voilà que la "petite" start-up de Zuckerberg nous offre un conte moderne. La révolution 2.0 dans le monde arabe. Et même la "révolution Facebook" à en croire une partie de la jeunesse tunisienne et des médias. 

Un abus de langage indigne pour ceux qui soulignent que Twitter et Facebook ne sont que des outils et que les révolutions sont menées par des gens. "Facebook n'a eu qu'un rôle tardif et secondaire en Tunisie, celui de support opérationnel à la révolution", estime Fabrice Epelboin du site ReadWriteWeb, fin connaisseur de la répression internet sous Ben Ali. 


Le réseau social, un terrain d'affrontement entre dissidents et cyberpolice
 
Pourtant, entre les internautes tunisiens et le régime, la guerre gronde déjà depuis un moment. Dictateur geek, Ben Ali a très vite développé un réseau internet solide dans le pays. Solide, mais entièrement contrôlé. Au point que tomber sur la page d'erreur 404 quand on souhaite se connecter à un site devient un running gag. Les blogs d'opposants sont systématiquement bloqués, leurs auteurs arrêtés et torturés. 

Dans ce paysage, Facebook bénéficie d'un traitement différent après qu'une tentative de fermeture du site a suscité des émeutes en 2008. Le réseau social, surveillé mais pas interdit, devient un terrain d'affrontements privilégié entre les dissidents et la cyberpolice de Ben Ali. Une task force estimée à 1 000 personnes. "Il y a eu des opérations de phishing pour récupérer les codes des internautes et un travail de troll pour pourrir les débats et faire de la désinformation", explique Epelboin. Et les profils des militants sont systématiquement signalés à Facebook qui les supprime sans autre forme de procès. 

Pourtant, "malgré le flicage, les gens se sont progressivement mis à parler un peu plus", raconte Kerim Bouzouita, un Tunisien de 32 ans qui termine une thèse sur la contre-culture et la désobéissance civile en Tunisie. Et qui "ne connaît personne qui n'a pas un VPN (réseau privé virtuel) pour contrer la censure". Des manifestations virtuelles sont organisées, comme les opérations YezziFokk (ça suffit) et Sayeb Sala7 largement relayées sur Facebook.
Sur le terrain aussi la situation est tendue : "On assistait à des émeutes régulières un peu partout depuis les grèves de 2008 dans les mines de phosphate à Gafsa, dans le sud-ouest du pays, raconte René Gallissot, historien, spécialiste du Maghreb, mais il y avait une discontinuité dans ces mouvements, qui retombaient vite, faute de relais d'information."
 
Puis, en décembre, tout s'accélère. La mort de Mohamed Bouazizi met le feu aux poudres. "Des photos et des vidéos des émeutes à Sidi Bouzid ont commencé à tourner sur Facebook, maintenant le niveau d'indignation des gens", raconte Kerim Bouzouita. Le nombre d'inscrits sur le site augmente en quinze jours, passant de 1 à 2 millions (dans un pays de 10 millions d'habitants). L'effet d'entraînement sur le net est énorme "donnant aux gens l'envie et le courage d'aller manifester". Facebook s'impose alors comme un canal primordial de partage de l'information (dans un pays qui en est privé) et de synchronisation des actions. 

Juste après le départ du Président, Twitter s'avère un outil précieux pour informer sur la localisation des snipers à Tunis. Arme à double tranchant puisqu'elle renseigne aussi les milices pro-Ben Ali sur les mouvements de l'armée. Quant à Facebook "il reste par défaut un outil indispensable à la reconstruction démocratique, faute d'espace de débat équivalent", déplore Fabrice Epelboin. 


Le BBM, moyen de communication restant pendant les affrontements en Égypte 

En Egypte, la situation est différente. Notamment parce que contrairement à la Tunisie, l'initiative de la manifestation du 25 janvier a été lancée via Facebook (par le Mouvement du 6 Avril). Dès le lendemain de la manifestation, les autorités bloquent l'accès à Twitter, puis à Facebook. Avant de prendre la décision, le jour suivant, de couper l'accès à internet et les communications portables dans tout le pays. Une mesure rarissime, mais pas inédite, qu'avaient déjà expérimentée le Népal en 2005 et la Birmanie en 2007 pour mettre fin à des émeutes. 

Les groupes de manifestants, d'abord décontenancés, parviennent néanmoins à communiquer, notamment grâce aux BBM, les messages directs entre smartphones BlackBerry. La cyberrésistance se met en place alors que Noor, un petit opérateur (8 % du marché égyptien), fonctionne encore quelques jours. Ceux qui ont une ligne fixe peuvent se connecter à internet avec un modem (des groupes comme Werebuild mettent à disposition des numéros permettant la connexion). 

Un compte Twitter (@jan25voices) est créé pour retransmettre en tweets les témoignages collectés par téléphone, idée reprise ensuite par Google avec @speek2tweet. Avant d'être elle aussi interdite, la chaîne qatari Al-Jazeera joue un rôle central dans la diffusion d'informations sur le déroulement des manifestations. 

Même difficilement accessibles en Egypte, Twitter et Facebook restent d'énormes caisses de résonance à l'international. Notamment dans les autres pays arabes où des manifestations, la plupart relayées par les réseaux sociaux, sont en cours comme au Yémen, en Jordanie ou au Soudan. 

Hugo Lindenberg